Confession communauté · Témoignage

De l'autre côté du miroir : partie 2

Je suis là pour faire face, pour « entrer dans le fleuve ».

Par Sonia, recueilli par Colette · 4 min de lecture · Octobre 2026

Sonia nous avait ouvert la porte de son histoire : son inscription, la matinée, l'après-midi qu'elle avait choisi de passer.

La voici qui entre dans le fleuve : l'atelier du soir, l'edging, le parcours libre.

Le récit L'atelier du soir

Puis vient l'atelier du soir. Grande inconnue en manteau sombre étoilé… L'atelier « spécial » est animé par Fede rencontrée le matin, en même temps que le petit groupe du premier atelier. Certains sont partis, d'autres sont venus, mais je reconnais des visages amis et cela me rassure. Pourtant, ce sont ceux-là même qui plongeront le plus vite dans l'autre monde, celui de la sensualité et du plaisir ! Grave erreur ? Ou intuition salvatrice qui me pousse à aller vers ceux qui sauront me guider où je veux aller ?

Est présent dans la pièce également le binôme que je veux éviter, sauf connexion particulière et subite, mais je sais qu'il n'y en aura pas puisqu'elle est précisément impossible. Sortirai-je un jour de ces relations avec des hommes émotionnellement, et souvent aussi physiquement indisponibles ? C'est si commode, et si frustrant à la fois… Je suis là pour faire face, pour « entrer dans le fleuve ».

Le premier exercice est un éveil de la sensualité. Il s'agit d'éveiller le corps des autres, je sais si bien le faire. Mais aussi de se laisser faire quand les autres nous caressent, nous pincent, nous titillent, nous glacent, nous massent, nous soufflent… Je sais le faire aussi finalement. Très bien même, et c'est une confirmation qui me ravit.

Le thème du deuxième exercice (avant le parcours « libre ») est « l'edging ». Marcher au bord de la falaise… Tenter le diable mais ne pas lui céder… Flirter avec le désir, le plaisir, l'orgasme, mais ne pas y entrer… Ce soir, le jeu sera de s'approcher le plus possible de l'orgasme et de jouer avec l'excitation pour la faire monter par paliers. Je comprends avec les premières explications de Fede que je ne suis plus dedans. J'ai encore un pied dehors et l'atelier va se poursuivre en partie sans moi. Mais je reste présente par le souffle, la pensée, le regard. Je resterai connectée aussi longtemps que possible.

Je propose à un homme que je connais de m'accepter comme partenaire. Sa compagne et lui refusent après concertation. Je les remercie pour leur « non », je suis un peu déçue. Mais tout bascule très vite. Tout à côté de moi, quatre corps s'emmêlent et s'amusent à se titiller, se caresser, se lécher jusqu'aux gémissements et aux éclats de rire : c'est le couple de tout à l'heure et un autre qui s'est joint à eux.

Je regarde une femme que j'aime bien et qui se délecte à genoux de se faire caresser par deux hommes à travers les sous-vêtements qu'elle seule a gardés sur elle… L'érotisme est à son comble, la simulation si intense que je l'envie d'avoir eu cette idée, d'avoir su l'exprimer et la mettre en scène. Les deux hommes dansent avec elle au bord de la falaise…

Le tournant Ce qui a tout changé

« Leur non était juste, je n'aurais pas été à ma place. Merci pour votre non ! »

Le parcours « libre » a commencé, sans autre cérémonie. Certains sont allés boire et manger pour reprendre des forces. Je ne fais pas de pause, de peur de perdre cet état de détente qui me permet d'être là, d'être présente. Un pied au dehors, mais un pied dedans. Je m'étonne et je m'émerveille. Je craignais de retrouver la nudité parfois obscène des plages naturistes de mon enfance, mais ici les corps sont beaux, les gestes fluides et gracieux, le plaisir délicieux. Ici, une vulve rose ouverte en corolle ; là, deux phallus qui se dressent, sans impatience, certains du plaisir qui viendra le moment venu… Et partout des gestes doux, sensuels. Je remarque le silence qui recouvre la pièce, traversée de gémissements de femmes… Pas de « han » de bûcherons. Les hommes sont incroyablement silencieux, concentrés, appliqués à donner du plaisir à leur partenaire ; souvent, ils s'y mettent à deux.

Moi, je passe la soirée avec un couple de gens mariés avec qui j'ai eu une bonne connexion à l'atelier du matin. Ils ont déjà expérimenté des soirées libertines où Monsieur s'ébattait tandis que sa femme attendait, sans même regarder… La situation me gêne beaucoup, m'intrigue et me peine, mais je ne suis pas là pour résoudre les problèmes de couple de deux inconnus et je poursuis mon occupation avec ce mari très gentil, plus par désoeuvrement qu'intérêt. Je ne veux pas me retrouver seule, assise dans un coin, dans cette atmosphère de sensualité débridée. Je n'ai aucun goût pour le voyeurisme et je sais que je serai tentée de partir assez vite, au risque de garder de la soirée un goût d'amertume, celui de ne pas avoir pu faire ce qui semblait si naturel à d'autres…

Je laisse donc le mari d'une autre me caresser inlassablement le pubis (mes deux redirections n'y font rien) et je jette parfois un coup d'œil au dehors, vers la beauté de ces corps nus qui nous entourent. Puis j'ai envie de terminer l'expérience et je fais ce que je sais faire pour mettre un terme à l'échange de caresses. Ma caresse devient plus intime et mon partenaire ne résiste pas longtemps. Je n'ai pas su m'en aller sans donner quelque chose. Je presse ces deux inconnus contre mon cœur, j'ai de la peine pour eux. Je suis dedans et quelques minutes après, je suis dehors.

La suite : le dimanche de son anniversaire, l'atelier de Célestin, et ce qu'elle comprend en disant non.

Partie 3

Sonia