Confession communauté · Témoignage
À 35 ans, j'ai découvert mon premier désir !
Par Carole, recueilli par Colette · 9 min de lecture · Mars 2027
Voici la troisième partie. Carole arrive au bout de son récit : le niveau 2, le premier désir, la retraite Désirs d'Aventure, et ce qu'elle en fait aujourd'hui.
C'est la partie la plus longue, et la plus lumineuse. On garde ses mots.
Me revoilà dans le train pour Paris. Solo. J'ai du mal à y croire mais ça y est, je vais à une soirée niveau 2. La condition pour y accéder était d'avoir déjà participé au niveau 1. La nudité partielle ou totale est autorisée, toujours sans intention de séduction, ni de sexualité.
Je retrouve quelques repères qui me rappellent la soirée consentement. Tomber sur un partenaire au hasard. Le jeu de regards deux par deux, avec la parole cette fois : prononcer le mot « ressenti » au moment où l'on ressent quelque chose dans notre corps, dire « émotion » au moment où celle-ci nous traverse. C'est beau. Se livrer à une personne inconnue, et recevoir ce qu'elle dépose pour moi.
On nous propose, par groupe de 3 ou 4, d'échanger sur le thème « exprimez-vous vos désirs avec facilité ? ». Deux minutes par personne, sans interruption, pour partager notre réponse. À mon tour. En gros, je dis que je n'ai pas encore identifié mes désirs, alors forcément je ne peux pas les exprimer pour l'instant. On me remercie pour mon partage. On vit d'autres propositions. Parmi elles, tout le groupe les yeux bandés, à entrer au contact des autres avec le dos de la main uniquement. J'aime comme être privée de la vue exacerbe tous les autres sens. J'ai des frissons par moments, et une bouffée de gratitude me traverse pendant cet exercice.
Puis, on nous parle d'adoration. Attends, quoi, on va faire une adoration, là, maintenant ? Oui oui. On se retrouve par groupe de 8 ou 9, chacun va pouvoir demander ce qu'il veut au reste du groupe. J'ai une impression de déjà-vu. Et elle n'est pas agréable. Il me faut peu de temps pour comprendre pourquoi. J'ai fait la soirée niveau 1 il y a un an et demi, je reviens, et je ne connais toujours pas mes désirs. Je n'en ai même aucune idée. Il y a tellement de possibilités, je n'arrive pas à savoir ce qui me ferait plaisir, ou même éveillerait ma curiosité, rien que ça. Je vais vraiment encore me retrouver à demander un massage des épaules et du dos au groupe ??
Eh bah oui. La frustration commence à me remplir.
Pour la fin de soirée, on nous propose un temps libre, des accessoires à disposition, avec les personnes de notre choix. C'est bien beau d'avoir le choix, encore faudrait-il savoir ce que moi je veux… ! Mon regard croise celui de deux hommes qui semblent tout aussi perdus que moi. L'un d'eux s'approche de moi et me dit « je veux bien constituer un groupe, mais je ne sais pas quoi faire ». On rigole, aucun de nous trois ne sait. Je me sens déjà moins seule. On décide de s'asseoir sur les matelas, et le troisième propose de se bander les yeux, ce sera peut-être plus facile. Et plus facile ce fut ! Pas de gêne, des mains timides, qui avancent avec douceur, à tâtons, se rencontrent, se caressent, se palpent, se cherchent. La main de l'un d'entre eux explore le haut de mon buste, mon cou, ma poitrine à travers ma brassière et rebondit sur mon téton durci, un frisson me parcourt. Ma main suit un bras pour voir si les deux hommes se découvrent entre eux aussi. C'est non. Aucun contact entre eux. Ils sont tous les deux centrés sur moi.
La soirée se termine, et j'ai du mal à savoir ce que j'en ai pensé. Seule une femme a ôté complètement ses vêtements. J'étais pour ma part en legging de yoga et brassière pour le temps libre. Il m'a tout d'abord semblé que cette soirée n'était pas à la hauteur de ma première fois. Trop progressive, trop similaire dans les propositions.
Gare de Montparnasse. Je suis dans le train retour de Paris. J'ouvre mon carnet, je chausse mon casque, ma musique dans les oreilles, et je laisse mon stylo courir sur la page de façon intuitive. Les mots se posent sur le papier avant même que j'aie le temps de penser.
Je relate le temps libre avec les deux hommes. J'étais déjà beaucoup plus à l'aise avec eux deux qu'avec le grand groupe de 9 personnes. Bien plus confortable pour oser faire mes propres propositions. Comme si je pouvais garder un certain contrôle sur chacun de leurs gestes sur moi, de leurs intentions, jusqu'à les guider sur la position exacte et la pression de leur toucher. Prendre le temps d'écouter ce que je voulais ressentir sous mes doigts à moi. Les bandeaux sur les yeux ont aidé, mais en fait, j'aurais préféré voir leurs yeux pleins d'adoration sur moi. Se poser au fond des miens, s'attarder avec lenteur sur ce qu'ils préfèrent, ce qu'ils aimeraient connaître davantage de moi. S'ils avaient pu me dire, chacun leur tour, tout bas, dans le creux de mon oreille, ce qu'ils aiment sur moi, ce qu'ils rêveraient que l'on fasse ensemble.
Et puis, ç'a quand même été une sacrée déception quand je me suis rendu compte que tout de leur intention était tourné vers moi. Et rien entre eux deux, même pas une touche de curiosité. J'aurais aimé vivre la symbiose entre nous trois.
Mon stylo se lève. Je fixe la page que je viens de remplir.
J'ai devant mes yeux la description de mon premier désir. Je n'en reviens pas. Un frisson me parcourt de haut en bas. Mon dieu, ça y est, à 35 ans, j'ai découvert mon premier désir !
Trois mois plus tard à peine, ce désir prenait vie lors d'un atelier de la retraite Désirs d'Aventure de Colette. Je n'ai jamais rien vécu de tel. Je crois que les mots n'existent pas pour décrire ça. La retraite a eu lieu il y a plusieurs mois, mais encore aujourd'hui, au moment où j'écris ces mots, je sens comme un tourbillon à toute vitesse dans le haut de ma poitrine, et mon cœur s'enveloppe de lourdeur et de velours. Je crois que je me suis envolée pendant cet atelier. Ou plutôt, nous nous sommes envolés, mon duo et moi.
Ce n'est pas juste un fantasme que j'ai réalisé.
C'est une part de moi complètement enfouie, et pleine de lumière, à laquelle j'ai enfin donné sa place. Ces dernières années, j'ai essayé de m'écouter tant bien que mal, de mieux en mieux. Puis, j'ai fini par entendre. Être prête à accueillir ce que j'avais à dire. Avant de partager mon désir, en confiance, et de me donner la chance d'exister.
Aujourd'hui, l'histoire se poursuit. Je sais plus trop à quelle saison j'en suis, mais j'ai expérimenté un niveau 3 sans mon copain, on s'y est préparés en amont avec notre thérapeute. J'y ai découvert que mes limites non plus n'étaient pas hyper claires. Et que du coup, les exprimer non plus. Je me suis rendu compte que certaines bases du consentement n'étaient pas complètement acquises. Que mon consentement est réellement non négociable, et qu'il est révocable. Genre, que je peux changer d'avis après avoir dit oui. Et que ça ne vaut pas que dans les événements sexpo. Au boulot, avec mes proches, tout le temps, j'ai tendance à dire oui d'abord, pour faire plaisir, à la pêche aux bonnes appréciations you know, mais dire oui tout le temps, ça rend mon oui cheap. Qui veut mon oui, 2 pour le prix d'un, vous d'abord, moi après ! Si je sais dire non quand je ne veux pas, alors mon oui sera un vrai oui, il aura de la valeur.
Le sexpo, c'est la possibilité pour moi de m'épanouir, sans culpabilité et en toute transparence avec mon copain, d'apporter de la légèreté et plein d'idées croustillantes à la maison. Mon copain est content pour moi, bravo la compersion, mais de son côté à lui, ça prend plus de temps, et la frustration est à son max. On explore depuis un moment l'idée pour lui de faire des rencontres sur les applis. Ça pourrait être ça, notre relation à nous. Trouver un moyen de nous épanouir, d'explorer ensemble comme séparément, s'enrichir et se retrouver.
J'ai appris que les expériences dites « niveau 2 », les connexions, la complicité, la séduction, les petites attentions, le réconfort, les câlins, la sensualité, le plaisir, la tension sexuelle, m'apportaient beaucoup plus que la sexualité pure. Les prochains events auxquels j'ai prévu de participer sont des formats doux sans sexualité. Aussi pour m'entraîner à poser mes limites avec moins d'enjeu. Si la sexualité s'invite naturellement sur le chemin, oh oui, mais j'aime bien qu'elle ne soit pas un objectif.
Et puis sans doute aussi parce que je ne suis pas encore prête. Aujourd'hui en tout cas.
Oh, et une nouvelle porte s'est entrouverte. J'ai appris que j'étais attirée par des personnes, plutôt que par un physique, ou même un genre.
Vivement la suite.
Si je sais dire non quand je ne veux pas, alors mon oui sera un vrai oui, il aura de la valeur.
Ce que j'en retiens
C'est une part de moi complètement enfouie, et pleine de lumière, à laquelle j'ai enfin donné sa place.
Carole a vécu cette retraite en Ariège. La prochaine édition ouvre ses pré-inscriptions.
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