Confession communauté · Témoignage
Il semblerait que je n'aie pas de problème à poser mes limites, mais que je n'aie AUCUNE idée de mes désirs.
Par Carole, recueilli par Colette · 5 min de lecture · Février 2027
Voici la deuxième partie. Après la pilule et la libido, Carole pousse la porte d'un premier atelier pour Colette se Confesse. Ce qu'elle y découvre n'est pas ce qu'elle attendait.
Elle raconte le cadre, le consentement, le néant des désirs, et le couple qui encaisse.
Septembre 2024. Nous voilà, mon copain et moi, à prendre le train et débarquer sur Paris pour notre première soirée sexpo niveau 1, aka sans intention de séduction, sans nudité ni sexualité. Un loft en plein Paris, une lumière tamisée, accueillis par l'organisatrice et deux assistants, appelés angels. Avec 40 autres participants, pour la plupart novices comme nous, on explore le consentement à travers différentes propositions.
On commence par un cercle d'ouverture. Chacun partage son nom ou surnom, son pronom, son état d'esprit et ce qu'on attend de cette soirée. Puis la musique, les rencontres au hasard, se regarder dans les yeux deux minutes sans rien dire. C'est beaucoup plus intense qu'on pourrait le penser. On ressent le vulnérable, la gêne parfois, l'intime, sans avoir besoin de se parler.
Apprendre à dire non autant qu'à recevoir un non. « Est-ce que je peux mettre ma main sur la tienne ? Merci pour ton non. » Apprendre à dire oui si on le veut. Mais qu'est-ce que je veux d'ailleurs ? L'intensité monte d'un cran atelier après atelier.
On nous propose un exercice appelé Adoration. Par groupe de 9, chacun son tour peut demander tout ce qu'il veut au reste du groupe. Je suis complètement en dehors de ma zone de confort. Je pars sur un massage de la tête et des épaules. La soirée se termine avec un temps libre, des groupes se massent, un câlin collectif sur les canapés, des personnes discutent, d'autres se sont retirées.
L'une des règles de cette soirée était de préserver l'anonymat de toutes et tous. Ne pas garder contact, ne pas essayer de retrouver quelqu'un sur les réseaux. En repartant, les participants s'en vont un à un. C'est comme s'ils s'évaporaient dans la nuit, et que ce moment resterait un secret partagé, flottant, presque irréel.
On se pose en terrasse pour débriefer avec mon copain. À chaud, on a tous les deux aimé l'expérience. Mais quelques jours plus tard, il se rend compte que ce n'est pas pour lui. Il préfère le côté spontané plutôt qu'être guidé à travers des ateliers. Il n'est pas à l'aise avec le regard des autres, ni le fait de livrer son ressenti ou ses émotions pendant les cercles.
De mon côté, cette soirée a été une révélation. Un tournant. Le milieu sexpo sera donc mon aventure à moi. Je n'ai jamais vécu de telles connexions avec ces inconnus que je ne recroiserai sans doute plus jamais. J'ai adoré la sensualité, le sentiment de sécurité grâce aux angels qui s'assurent que le cadre est toujours respecté. J'ai d'ailleurs été recadrée à un moment, trop concentrée sur « savoir quoi demander » à mon partenaire d'exercice, j'ai oublié de dire « merci pour ton non ».
Et puis, j'ai appris quelque chose de fondamental. Il semblerait que je n'aie pas de problème à poser mes limites, mais que je n'aie AUCUNE idée de mes désirs. Genre, zéro. À quoi je dis oui ? Qu'est-ce que j'aimerais proposer à cette personne, à ce groupe ? Qu'est-ce que je veux ressentir ? De quoi est-ce que j'ai envie ? Le gros blanc.
C'est bien beau d'avoir le choix, encore faudrait-il savoir ce que moi je veux.
Je suis enfin le deuxième conseil de mon ami polyamoureux. Je propose à mon copain de passer du bon temps avec une fille. Juste lui, en partant du principe que je suis d'accord. Juste voir ce qu'il en pense. Finalement, le sujet de l'ouverture du couple soulève beaucoup plus de sable que prévu. Ça pique les yeux, ça pique la gorge, ça pique le cœur. Grosse tempête du côté de mon copain, remuant insécurités, peur de perdre notre couple déjà vacillant. Sur une base de patriarcat qui dessert aussi les mecs apparemment, il me sort des phrases comme : « ok pour que tu voies des filles mais pas des mecs », « faire des choses avec d'autres, mais toujours ensemble ».
Autant dire que je l'ai très mal pris. Alors comme ça, après toute une vie à faire gentiment ce qu'on me demandait, à collectionner les bonnes appréciations, une fois de plus, je devais attendre l'accord de quelqu'un pour faire ce que je veux de mon corps ? Pas question.
On entame une thérapie de couple. Initialement centrée sur l'ouverture, elle nous ramène vite aux bases. Où en est-on ? Que veut-on ? Ensemble ou séparément ? Un long travail commence. Comprendre nos façons de fonctionner, apprendre à communiquer, chercher des compromis, construire un nouveau modèle pour notre couple.
Fin 2025, j'essaie à plusieurs reprises de booker un prochain événement sexpo, mais des galères imprévues m'en empêchent toujours. Il aura fallu plus d'un an et demi, et passé à ça d'une séparation, avant que je puisse participer de nouveau à une soirée sexpo.
La suite, c'est la retraite Désirs d'Aventure. Trois mois plus tard, ce désir prenait vie. Mais ça, c'est la troisième partie.
Ce que j'en retiens
C'est bien beau d'avoir le choix, encore faudrait-il savoir ce que moi je veux.
La suite : la retraite Désirs d'Aventure et le premier désir.
Lire la partie 3Carole